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Feuille d'olivier verte sur un rameau de Carolea au moment de la récolte en Calabre

Feuille d’olivier : son rôle dans le goût de l’huile d’olive

1 septembre 2026
admin

Feuille d'olivier verte sur un rameau de Carolea au moment de la récolte en Calabre

La feuille d’olivier modifie réellement le goût de l’huile : quelques feuilles laissées à la trituration cèdent de la chlorophylle et des composés amers qui donnent une note verte, herbacée, recherchée dans les fruités intenses. En trop grande quantité, en revanche, elles produisent une amertume envahissante et un arrière-goût de foin considéré comme un défaut. Tout est affaire de dosage, et c’est le rôle de l’effeuilleuse au moulin.

Je m’appelle Giuliano Conforti, je récolte et je presse des olives Carolea à San Giorgio Albanese, en Calabre. Chaque automne, la même question revient au moulin : faut-il enlever toutes les feuilles, ou en laisser ? Je vais vous donner ma réponse de producteur, avec ce que je fais réellement et pourquoi.

Dans ce guide, je vous explique comment la feuille d’olivier entre dans le processus, pourquoi elle finit dans l’huile, à quoi sert l’effeuilleuse, à partir de quand la note verte devient un défaut, et ce que valent réellement les infusions de feuilles dont on parle tant.

La feuille d’olivier et le goût de l’huile

Partons du cœur du sujet. Lorsque les olives sont broyées, si des feuilles se trouvent parmi elles, elles cèdent à la pâte leur chlorophylle et une partie de leurs composés aromatiques. Le résultat est une huile plus verte visuellement et plus végétale au nez : herbe coupée, feuille froissée, parfois artichaut.

Cette note verte, à petite dose, est recherchée. Beaucoup d’huiles au fruité intense, celles que les dégustateurs apprécient, doivent une part de leur caractère à quelques feuilles laissées volontairement. Mais c’est un équilibre fragile : la frontière entre l’élégance et la lourdeur se joue à quelques kilos de feuilles près sur une tonne d’olives.

Il faut aussi comprendre que la feuille apporte de l’amertume, pas de la complexité. Elle accentue une dimension déjà présente dans le fruit ; elle ne remplace jamais la qualité des olives elles-mêmes.

Pourquoi les feuilles finissent au moulin

La réponse est simple : pendant la récolte, il est impossible de l’éviter complètement. Quand on secoue l’arbre, à la main avec des peignes ou avec des vibreurs mécaniques, il tombe des olives mais aussi des rameaux et des feuilles. Sur les filets, tout arrive mélangé.

Avec la récolte mécanisée, qui secoue énergiquement, la proportion de feuilles augmente encore. C’est pourquoi, dès l’arrivée des olives au moulin, la première opération consiste à séparer la plus grande partie des feuilles et des brindilles avant le lavage et le broyage.

Une remarque de terrain : plus la récolte est précoce, à la véraison, plus la feuille est verte et chargée en composés amers. Récoltées tard, les feuilles apportent moins de note verte mais aussi plus de risques de goûts terreux si elles sont abîmées.

L’effeuilleuse et le nettoyage des olives

L’effeuilleuse est la machine placée à l’entrée du moulin qui sépare feuilles et brindilles des olives. Elle fonctionne par aspiration : les olives défilent sur un tapis, un puissant flux d’air aspire les feuilles, plus légères, tandis que les fruits poursuivent leur route vers le laveur.

Ce passage n’est pas un détail. Si nous laissions toutes les feuilles dans la pâte, l’huile serait excessivement amère, verte de façon désagréable, et plus chargée en impuretés végétales qui accélèrent l’oxydation. À l’inverse, un moulin qui aspire tout, jusqu’à la dernière feuille, obtient une huile plus lisse mais parfois un peu neutre.

Chez nous, nous réglons l’aspiration pour laisser passer une petite proportion de feuilles. C’est un choix de goût, hérité de mon père, assumé et constant d’une année sur l’autre.

Quand la feuille d’olivier est un atout, quand c’est un défaut

Mettons les choses au clair, car c’est là que la confusion règne. Peu de feuilles : c’est un atout. Elles donnent la note verte, herbacée et fraîche typique des fruités intenses, cette sensation d’herbe et d’artichaut que l’on retrouve dans les huiles d’olives récoltées tôt.

Trop de feuilles : cela devient un défaut. L’huile prend une amertume envahissante, déconnectée du reste, et un arrière-goût qui ne convainc pas. En analyse sensorielle officielle, on parle alors d’un « goût de feuille » ou de « fruit vert excessif », et il est traité comme un défaut lorsqu’il domine le profil. Je détaille la méthode d’évaluation dans mon article sur la dégustation de l’huile d’olive.

Les caractéristiques et les méthodes d’analyse qui encadrent ces jugements figurent dans le règlement (CEE) n° 2568/91, régulièrement mis à jour depuis.

Note verte et amertume : le tableau de lecture

Proportion de feuilles Effet sur l’huile Jugement
Quasi nulle Fruité plus doux, couleur plus dorée Correct, parfois neutre
Faible et maîtrisée Note verte, herbe coupée, amertume nette Recherché, fruité intense
Élevée Amertume envahissante, arrière-goût de foin Déséquilibré
Très élevée Goût de feuille dominant, huile trouble Défaut sensoriel

Chlorophylle, oleuropéine et polyphénols

La feuille est riche en chlorophylle et en composés antioxydants, dont l’oleuropéine, la molécule responsable de l’amertume de l’olive. Lors du broyage, une partie de ces substances passe dans la pâte, puis dans l’huile, et accentue à la fois l’amertume et la couleur verte.

Attention toutefois à ne pas surestimer ce transfert. L’essentiel des polyphénols de notre huile vient de la pulpe des olives et du moment de la récolte, pas des feuilles. Nos huiles Carolea dépassent régulièrement 250 mg/kg de polyphénols parce que nous récoltons à la véraison et que nous pressons dans les heures qui suivent, pas parce que nous laissons des feuilles.

C’est une nuance que je tiens à rappeler, parce qu’on lit parfois que l’ajout de feuilles « enrichirait » l’huile. Cela ne fonctionne pas ainsi, et une huile trop chargée en composés foliaires se déséquilibre bien avant de devenir plus intéressante.

L’infusion de feuilles : ce qu’on peut dire honnêtement

Au-delà de l’huile, la feuille d’olivier a sa propre histoire. Dans la tradition méditerranéenne, on en fait des infusions depuis des siècles. Il faut cependant être clair : aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour les feuilles d’olivier, et je ne vous en promettrai donc aucune. Les allégations recevables figurent au règlement (UE) n° 432/2012, et cette liste ne les mentionne pas.

Si vous voulez essayer, cueillez des feuilles saines, bien lavées, de préférence sur des arbres conduits sans chimie de synthèse, et laissez-les infuser cinq à dix minutes dans une eau frémissante. L’amertume est marquée : la plupart des gens l’adoucissent avec un zeste de citron. C’est une boisson de tradition, à considérer comme telle.

Un point pratique pour ceux qui possèdent quelques oliviers : ne rapportez jamais au moulin des olives mélangées à un tas de feuilles humides. Les feuilles retiennent l’eau, chauffent dans les caisses et lancent une fermentation qui donne à l’huile un goût de chômé, l’un des défauts les plus fréquents. Videz les filets, secouez les caisses ajourées, et livrez dans les vingt-quatre heures. La feuille d’olivier n’est un allié que si elle arrive sèche et fraîche au broyeur.

Et si vous vous demandez pourquoi certaines huiles très vertes sentent malgré tout la pomme ou l’amande plutôt que l’herbe, la réponse tient à la variété et à la date de récolte, pas au nombre de feuilles. Chaque cultivar a son profil : la Carolea donne un fruité moyen à intense, avec une amertume franche et un piquant net, sur lequel la note foliaire vient se poser sans jamais le remplacer.

Questions fréquentes sur la feuille d’olivier

La feuille d’olivier change-t-elle vraiment le goût de l’huile ?

Oui, l’effet est réel. Quand quelques feuilles passent à la trituration avec les olives, elles cèdent de la chlorophylle et des composés amers qui donnent à l’huile une note plus verte, plus herbacée, et une amertume plus marquée. À faible dose c’est une qualité recherchée ; en excès, cela devient un déséquilibre.

Pourquoi les feuilles arrivent-elles dans l’huile ?

Parce qu’il est impossible de les éviter à la récolte : en secouant l’arbre, on fait tomber des olives mais aussi des rameaux et des feuilles, surtout avec les vibreurs mécaniques. Au moulin, une machine les sépare avant le broyage, mais le réglage laisse toujours passer une petite proportion, volontairement ou non.

À quoi sert l’effeuilleuse au moulin ?

L’effeuilleuse sépare feuilles et brindilles des olives avant le lavage et le broyage. Les olives défilent sur un tapis et un flux d’air puissant aspire les feuilles, plus légères. Sans cette étape, l’huile serait trop amère, trouble et plus fragile à l’oxydation.

Une feuille d’olivier dans la bouteille est-elle bon signe ?

C’est surtout une décoration. Une feuille flottant dans une bouteille n’apporte rien à la qualité et, si elle se dégrade, elle peut au contraire favoriser des goûts végétaux désagréables. Le caractère vert d’une huile se construit au moulin, pas dans la bouteille.

Les feuilles augmentent-elles les polyphénols de l’huile ?

Elles contiennent de l’oleuropéine et d’autres antioxydants, et une petite partie peut passer dans l’huile en accentuant l’amertume et la note verte. Mais l’essentiel des polyphénols vient de la pulpe des olives, de la précocité de la récolte et de la rapidité du pressage. La feuille n’est pas un raccourci.

Peut-on faire une infusion de feuilles d’olivier ?

Oui, c’est un usage traditionnel du bassin méditerranéen. Prenez des feuilles saines et bien lavées, laissez infuser cinq à dix minutes. Il n’existe cependant aucune allégation de santé autorisée en Europe pour cette infusion : traitez-la comme une boisson de tradition, au goût amer, et non comme un remède.

Notre choix au moulin

Nous récoltons nos olives Carolea entre octobre et novembre sur les collines de la vallée du Crati et nous les portons au moulin dans la journée. Nous réglons l’effeuilleuse pour laisser passer une petite part de feuille d’olivier, parce que nous aimons une huile qui sente la campagne. Extraction à froid sous 27 °C, stockage en inox AISI 304 sous azote, acidité libre entre 0,2 et 0,3 %. Vous retrouverez ces huiles dans la catégorie huile d’olive en bouteille.

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