
Les olives en saumure se préparent en deux temps : un désamérisage à l’eau claire, renouvelée chaque jour pendant dix à vingt jours, puis une immersion dans une saumure à 10 % de sel, soit 100 g de gros sel par litre d’eau. Comptez deux à trois mois avant la première dégustation. Le sel n’est pas un assaisonnement mais un conservateur : en dessous de 8 %, la fermentation dérape et les olives ramollissent ou moisissent.
Je m’appelle Giuliano Conforti et je cultive des oliviers à San Giorgio Albanese, dans la province de Cosenza. Nos Carolea servent à l’huile mais aussi à la table : c’est une variété à double aptitude, à la drupe grosse et charnue. Chaque automne, ma mère remplissait deux dames-jeannes qui passaient l’hiver à la cave. Voici la méthode, avec les proportions exactes et les erreurs qui gâchent une récolte entière.
Pourquoi les olives ne se mangent pas crues
Une olive fraîchement cueillie est immangeable. Elle contient de l’oleuropéine, un glucoside phénolique dont l’amertume est massive et persistante. C’est la molécule qui protège le fruit des insectes et des champignons — et accessoirement l’une de celles qui donnent leur intérêt nutritionnel aux huiles vierges.
Toute la préparation des olives en saumure consiste donc à éliminer ou à transformer cette oleuropéine. Trois voies existent : la lixiviation à l’eau, lente et douce, celle que nous utilisons ; le traitement à la soude alimentaire, rapide mais délicat, employé industriellement ; et la fermentation lactique directe en saumure, plus longue encore, pratiquée en Grèce pour certaines variétés noires.
Quelles olives choisir pour la saumure
Les variétés à gros fruit et à chair ferme conviennent le mieux : Carolea, Bella di Cerignola, Nocellara, Lucques, Picholine, Grossane, Tanche. Les petites variétés à huile, très riches en noyau, donnent un résultat décevant.
Le stade de maturité détermine le résultat final. Les olives vertes, cueillies avant la véraison, restent croquantes et donnent une saumure plus longue à faire mais très nette. Les olives tournantes, à peau violette, offrent un bon compromis. Les olives noires, complètement mûres, deviennent moelleuses et demandent moins de désamérisage mais se ramollissent plus vite.
Deux règles pratiques : n’utilisez que des fruits sains, sans piqûre de mouche ni meurtrissure, et travaillez-les dans les 48 heures suivant la cueillette. Une olive blessée fermente de travers et contamine tout le bocal.
Le désamérisage, étape incontournable
Placez les olives dans un seau alimentaire ou une bassine en verre, couvrez d’eau froide et posez une assiette lestée pour maintenir les fruits immergés. Changez l’eau chaque jour, à heure régulière, en rinçant à chaque fois.
Durée : dix à quinze jours pour les olives noires, quinze à vingt-cinq jours pour les vertes. Certains incisent les olives vertes de deux entailles au couteau pour accélérer, au prix d’une chair un peu moins ferme. Le test est simple : goûtez un fruit tous les trois jours. Quand l’amertume est encore présente mais devenue supportable — elle ne disparaît jamais complètement, et c’est heureux —, on passe à la saumure.
Ne cherchez pas à raccourcir en ajoutant du sel dans l’eau de trempage : le sel ralentit la diffusion de l’oleuropéine et allonge l’opération.
Préparer la saumure : les proportions
La saumure de conservation se prépare à 10 % : 100 g de gros sel pour 1 litre d’eau. Portez l’eau à ébullition avec le sel, remuez jusqu’à dissolution complète, puis laissez refroidir totalement avant de verser sur les olives. Une saumure encore tiède cuit la chair et la rend molle.
Le vieux test de l’œuf reste fiable : un œuf cru plongé dans la saumure doit flotter en laissant émerger une surface de la taille d’une pièce de deux euros. S’il coule, ajoutez du sel ; s’il flotte trop haut, ajoutez de l’eau.
Utilisez du gros sel de mer non iodé et non fluoré. Le sel de table iodé peut noircir les olives et donner un goût métallique. L’eau doit être non chlorée : une eau du robinet laissée reposer douze heures à l’air libre convient parfaitement.
Tableau des dosages et des durées
| Type d’olive | Désamérisage | Concentration de saumure | Maturation | Texture finale |
|---|---|---|---|---|
| Vertes, entières | 18 à 25 jours | 10 % | 3 mois | Croquante |
| Vertes, incisées | 12 à 15 jours | 10 % | 2 mois | Ferme |
| Tournantes (violettes) | 12 à 18 jours | 10 % | 2 à 3 mois | Fondante |
| Noires mûres | 10 à 15 jours | 8 à 10 % | 2 mois | Moelleuse |
| Conservation longue | — | 12 % | — | Plus salée, très stable |
| Saumure de service | — | 6 % | — | Dessalage avant table |
La méthode complète
- Trier. Éliminez les fruits piqués, tachés ou mous. Rincez à l’eau froide.
- Désamériser dans l’eau claire, changée quotidiennement, jusqu’à ce que l’amertume soit supportable.
- Stériliser les bocaux : 20 minutes d’ébullition, séchage à l’air retourné sur un linge propre.
- Remplir les bocaux aux trois quarts avec les olives égouttées.
- Aromatiser avec du fenouil sauvage, du laurier, de l’origan, de l’ail en lamelles, un zeste d’orange ou du piment de Calabre.
- Couvrir de saumure froide à 10 %, jusqu’à immerger complètement les fruits.
- Lester avec une feuille de vigne, une croix de bois ou un poids alimentaire : toute olive qui affleure moisira.
- Fermer sans serrer à fond les quinze premiers jours, le temps que la fermentation lactique dégage son gaz.
- Conserver à l’obscurité, entre 15 et 20 °C pendant la fermentation, puis au frais.
- Attendre deux à trois mois avant la première dégustation.
Conserver les olives en saumure toute l’année
Une fois la fermentation terminée — plus de bulles, saumure devenue limpide après un léger dépôt —, il faut penser au long terme.
- Le lieu. Une cave, un cellier ou un placard frais entre 10 et 15 °C, à l’abri de la lumière. Le réfrigérateur convient aussi pour de petits volumes.
- Le niveau. Vérifiez tous les mois que les olives en saumure restent entièrement immergées et complétez avec une saumure neuve à 10 % si nécessaire.
- Le prélèvement. Servez-vous toujours avec une cuillère propre et sèche. Une main mouillée ou un ustensile gras suffit à contaminer un bocal.
- La durée. Douze mois pour une saumure à 10 %, jusqu’à dix-huit mois à 12 %. Au-delà, la chair perd sa tenue même si le produit reste sain.
- Le repère du goût. Des olives qui deviennent progressivement plus salées signalent une évaporation : complétez avec de l’eau bouillie refroidie, pas avec de la saumure.
Un dernier conseil : étiquetez chaque bocal avec la variété, le stade de maturité et la date de mise en saumure. Au bout de deux automnes, on ne se souvient plus de rien, et c’est exactement ce qui permet de progresser d’une année sur l’autre.
Résoudre les problèmes courants
Un voile blanc en surface. C’est généralement une levure de fleur, bénigne. Retirez-la à la cuillère, vérifiez que les olives restent immergées et que la saumure est assez salée. Si le voile revient sans cesse, refaites une saumure neuve.
Des olives molles. Trois causes : saumure trop faible, saumure versée chaude, ou fruits trop mûrs au départ. Une fois ramollies, elles ne redeviennent pas fermes.
De la moisissure duveteuse, verte ou noire. Là, on jette. Elle indique un contact avec l’air et une contamination fongique. Ne tentez pas de sauver un bocal moisi.
Une amertume persistante. Le désamérisage a été trop court. Vous pouvez remettre les olives à tremper à l’eau claire quelques jours, puis refaire une saumure neuve.
Une odeur aigre ou putride. Fermentation déviée. Le bocal est perdu. Les principes d’hygiène qui évitent ce genre d’accident sont ceux du règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires : propreté du matériel, maîtrise des températures, traçabilité des lots.
Assaisonner et servir
Sorties du bocal, les olives en saumure sont salées. Rincez-les à l’eau claire, laissez-les tremper une heure si nécessaire, puis égouttez-les soigneusement.
L’assaisonnement calabrais tient en quatre éléments : de l’huile d’olive vierge extra, de l’origan séché, un peu d’ail en lamelles et du piment doux. Certains ajoutent un zeste d’orange, très présent chez nous en hiver. Préparez la quantité d’une semaine seulement : une fois huilées, les olives se conservent au réfrigérateur mais perdent progressivement leur croquant.
La qualité de l’huile change tout à ce stade. Notre Carolea, extraite à froid sous 27 °C, présente une acidité libre de 0,2 à 0,3 % et plus de 250 mg/kg de polyphénols totaux ; son fruité vert d’artichaut s’accorde naturellement avec l’amertume résiduelle du fruit. Vous la trouverez dans notre catégorie huile d’olive extra vierge. Et si vous voulez ensuite passer aux légumes, notre article sur les conserves à l’huile d’olive reprend le protocole d’acidification.
Questions fréquentes sur les olives en saumure
Combien de temps doivent rester les olives en saumure ?
Deux à trois mois après la mise en bocal, selon la variété et le stade de maturité. Les olives vertes entières demandent plutôt trois mois, les noires mûres environ deux.
Quelle quantité de sel faut-il ?
100 g de gros sel non iodé par litre d’eau, soit une saumure à 10 %. En dessous de 8 %, la conservation n’est plus assurée et les olives ramollissent.
Comment enlever l’amertume des olives ?
Par un trempage à l’eau claire renouvelée chaque jour, pendant dix à vingt-cinq jours selon la maturité. Inciser les fruits accélère le processus au prix d’une chair un peu moins ferme.
Pourquoi mes olives deviennent-elles molles ?
Saumure trop peu salée, saumure versée encore chaude, ou fruits déjà trop mûrs à la cueillette. Le ramollissement est irréversible.
Pourquoi un voile blanc apparaît-il en surface ?
C’est le plus souvent une levure de fleur, sans danger : retirez-la et vérifiez l’immersion et la salinité. En revanche, une moisissure duveteuse verte ou noire impose de jeter le bocal.
Peut-on mettre en saumure des olives vertes et noires ensemble ?
Mieux vaut les séparer : leurs temps de désamérisage et leurs textures diffèrent. Mélangées, les noires seront trop faites quand les vertes seront prêtes.






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