
La pancetta est de la poitrine de porc salée, aromatisée puis séchée, sans passage par le fumoir dans sa version traditionnelle italienne. Elle se décline en trois grandes formes : tesa (à plat, en tranches), arrotolata (roulée en cylindre) et cotta (cuite). En Calabre, elle est frottée au piment doux, ce qui lui donne sa couleur rouge orangé. Contrairement au lardon français, elle se mange aussi crue, taillée très fin.
Je m’appelle Giuliano Conforti. Ma famille produit de l’huile d’olive extra vierge à San Giorgio Albanese, dans la province de Cosenza, et comme toutes les maisons de notre village nous préparons aussi les salaisons de l’hiver. Je vous propose ici un tour complet de cette charcuterie : ce qu’elle est vraiment, comment la choisir, et surtout comment l’utiliser sans la gâcher.
Qu’est-ce que la pancetta
Le mot vient de pancia, le ventre. Il désigne la poitrine de porc, c’est-à-dire la partie ventrale entre les côtes et le jambon, où alternent couches de gras et couches de maigre. C’est cette alternance régulière qui fait toute la qualité du produit fini : trop de gras et la tranche fond sans laisser de mâche, trop de maigre et elle devient sèche.
La fabrication tient en quatre étapes. On sale la pièce au sel sec pendant une à deux semaines, on la rince, on la frotte d’épices — poivre, ail, laurier, fenouil, piment selon les régions — puis on la laisse sécher de deux à quatre mois dans une pièce fraîche et ventilée. Aucun fumage : c’est ce qui distingue le produit italien du bacon anglo-saxon.
Le sel n’est pas seulement un assaisonnement, c’est le conservateur principal : il abaisse l’activité de l’eau et bloque le développement microbien. La perte de poids au séchage atteint 25 à 35 %, ce qui concentre le goût.
Tesa, arrotolata, cotta : les trois formes de pancetta
Sous un même nom se cachent des produits assez différents.
| Type | Forme | Séchage | Usage principal |
|---|---|---|---|
| Tesa | Plaque rectangulaire, couenne comprise | 2 à 4 mois | Cuisson : pâtes, soupes, rôtis |
| Arrotolata | Roulée en cylindre, sans couenne | 3 à 6 mois | Crue, tranchée très fin |
| Cotta | Roulée puis cuite à la vapeur | Aucun | Sandwichs, planches, enfants |
| Coppata | Roulée autour d’un cœur de coppa | 3 à 5 mois | Crue, à l’apéritif |
La tesa est celle qu’on utilise en cuisine : on la taille en lardons épais, en cubes ou en bâtonnets. L’arrotolata, plus fine et plus parfumée, se sert crue comme un jambon. La cotta, enfin, est douce et peu salée : c’est celle que les enfants préfèrent.
La pancetta calabraise au piment
Chez nous, la recette a une signature : le piment doux en poudre, dont on frotte généreusement la pièce après le salage. La chair prend une teinte rouge orangé caractéristique, et le goût est plus rond que brûlant — le piment calabrais utilisé ici est aromatique avant d’être fort.
Le mélange traditionnel associe piment doux, un peu de piment fort, du poivre noir concassé et parfois des graines de fenouil sauvage. La pièce est ensuite pressée entre deux planches, ce qui explique sa forme plate et régulière, puis séchée dans les caves ventilées de l’arrière-pays, où l’air descend de la Sila.
La Pancetta di Calabria bénéficie depuis 1998 d’une appellation d’origine protégée, avec un cahier des charges qui fixe la race des porcs, leur alimentation et la durée d’affinage. Le fonctionnement de ces signes de qualité européens est défini par le règlement (UE) n° 1151/2012 relatif aux systèmes de qualité applicables aux produits agricoles et aux denrées alimentaires. Toutes les productions calabraises ne relèvent pas de cette appellation : beaucoup, comme les nôtres, restent des productions artisanales de village.
Pancetta, lard, guanciale et bacon : ne pas confondre
Quatre produits, quatre morceaux, quatre usages.
- Le lard français est du gras dorsal, presque sans maigre. Il fond intégralement et sert à barder ou à graisser.
- Le guanciale vient de la joue. Plus gras, plus tendre, au goût plus prononcé : c’est lui, et non la poitrine, qui entre dans la vraie carbonara et dans l’amatriciana.
- Le bacon est la même poitrine, mais fumée. Le fumage domine le goût et change complètement le résultat en cuisine.
- Les lardons du commerce sont souvent de la poitrine saumurée par injection, avec un rendement en eau élevé : ils rejettent du liquide à la poêle au lieu de rissoler.
Si une recette italienne demande de la poitrine séchée et que vous n’en avez pas, le lard italien ou une poitrine fumée dépouillée de son goût de fumée feront l’affaire, mais le résultat ne sera pas identique.
Comment cuisiner la pancetta
La règle principale tient en une phrase : départ à froid, feu doux, pas de matière grasse ajoutée. Le gras doit fondre lentement et devenir le support de cuisson. Si vous la jetez dans une poêle brûlante, l’extérieur brûle avant que l’intérieur n’ait rendu sa graisse.
Quelques usages qui marchent à tous les coups :
- Pâtes. Cubes de 1 cm rissolés à feu doux, déglacés avec une louche d’eau de cuisson des pâtes. Ajoutez le fromage hors du feu.
- Soupes de légumes secs. Un morceau entier plongé dans le bouillon pendant la cuisson, retiré et taillé au moment de servir.
- Légumes rôtis. Lanières mélangées aux pommes de terre ou aux choux de Bruxelles avant le four : elles les parfument en fondant.
- Crue. La roulée, tranchée à 1 mm, sur du pain grillé avec un filet d’huile d’olive extra vierge.
- Sur une planche, avec du fromage affiné, des olives et un peu de miel.
Le sel du produit se concentre à la cuisson : salez toujours le plat à la fin, jamais au début. Et gardez la graisse fondue au réfrigérateur, elle est excellente pour faire sauter des légumes.
Calories et valeurs nutritionnelles
Comptez environ 450 à 500 kcal pour 100 g pour une version séchée, avec 40 à 45 g de lipides, 15 à 20 g de protéines et 3 à 5 g de sel. La version cuite descend autour de 300 kcal.
Ce sont des chiffres à lire dans le bon contexte : personne ne mange 100 g de charcuterie séchée. Une portion réaliste, en cuisine, tourne autour de 20 à 30 g par personne, soit 100 à 150 kcal. C’est un exhausteur de goût, pas une source de protéines.
Le point de vigilance reste le sel et les nitrites, présents dans la plupart des salaisons du commerce. Les productions artisanales en contiennent souvent moins, mais se conservent moins longtemps : c’est un arbitrage.
Comment choisir une bonne pancetta
Cinq critères, dans l’ordre d’importance :
- L’alternance des couches. Trois à cinq strates nettes de maigre, sans grosse poche de gras.
- La couleur. Maigre rouge franc, gras blanc nacré. Un gras jauni signale une pièce oxydée ou trop vieille.
- La texture. Ferme sous le doigt, ni molle ni cartonneuse.
- L’odeur. Franche, épicée, légèrement lactique. Toute note rance disqualifie.
- La liste d’ingrédients. Porc, sel, épices. Plus la liste est courte, mieux c’est.
Chez un producteur, demandez la durée d’affinage : en dessous de deux mois, le produit n’a pas eu le temps de développer ses arômes. Vous trouverez nos salaisons dans notre rayon de charcuterie italienne.
Conservation et découpe
Une pièce entière non entamée se garde plusieurs mois dans un endroit frais et sec, entre 10 et 15 °C, suspendue ou posée sur une grille. Une fois entamée, protégez la surface de coupe avec un film ou un linge propre et placez-la au réfrigérateur : comptez trois à quatre semaines.
Les tranches sous vide se conservent selon la date indiquée, mais perdent beaucoup à l’ouverture : consommez-les dans les trois jours. Sortez-les vingt minutes avant de servir, sinon le gras reste figé et le goût ne se libère pas.
Pour la découpe, un couteau bien affûté et une pièce très froide. Pour la cuisine, taillez épais ; pour la dégustation crue, aussi fin que possible, presque transparent.
Les accords de vin
Le gras appelle soit de l’acidité, soit des bulles. Un vin blanc sec et tendu, un rosé de Calabre bien frais ou un rouge léger servi à 14 °C fonctionnent parfaitement. Sur la version au piment, un rouge fruité et peu tannique — Gaglioppo, Grenache — évite que le tanin et le piquant ne s’additionnent.
Évitez les rouges puissants et boisés : ils écrasent la charcuterie. Et si vous servez la version crue à l’apéritif, un blanc pétillant sec reste le choix le plus sûr.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre pancetta et lardons ?
Les lardons français sont souvent de la poitrine saumurée par injection et parfois fumée ; la version italienne est salée au sel sec, épicée et séchée plusieurs mois, sans fumage. Elle rissole au lieu de rendre de l’eau.
Peut-on la manger crue ?
Oui, à condition qu’elle soit séchée — la arrotolata ou la coppata — et tranchée très finement. La version tesa destinée à la cuisson gagne à être cuite.
Peut-on l’utiliser pour la carbonara ?
C’est un remplacement courant, mais la recette romaine authentique demande du guanciale, plus gras et plus parfumé. Le résultat sera bon, simplement différent.
Combien de temps se conserve-t-elle une fois entamée ?
Trois à quatre semaines au réfrigérateur, surface de coupe protégée. Une pièce entière non entamée tient plusieurs mois dans un local frais et ventilé.
Comment la faire cuire sans qu’elle brûle ?
Départ à froid dans une poêle sans matière grasse, à feu doux, pendant 6 à 8 minutes. Le gras fond progressivement et sert de milieu de cuisson.
Quelle quantité prévoir par personne ?
20 à 30 g par personne comme ingrédient dans un plat, 40 à 50 g si elle est servie crue sur une planche à l’apéritif.
Bien choisie et cuite doucement, la pancetta transforme un plat de pâtes ou une soupe de légumes secs en quelque chose de complet. C’est une des rares charcuteries qui donne autant crue que cuite — encore faut-il prendre la bonne pour le bon usage.






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